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Pandémie de COVID-19 : Une nouvelle théorie complotiste

Pandémie de COVID-19 : Une nouvelle théorie complotiste

 

La pandémie de COVID-19, au cœur de toutes les conversations, fait naître diverses théories quant à son origine, nombreuses appelant au complot. L’une des dernières à circuler de manière virale sur les réseaux sociaux (1) fait appel au brevet EP 1 694 829 B1 (2), datant de 2004.

Cette vidéo, partagée par un internaute vraisemblablement en colère accuse l’Institut Pasteur et les laboratoires de recherche français d’être à l’origine de la création et de la propagation du COVID 19, également appelé SRAS-CoV-2, à des fins commerciales. Cet internaute, pensant probablement bien faire, affirme lui-même au cours de la vidéo qu’il « passe un peu, parce que quand on ne s’y connaît pas trop, on survole », témoignant de son (in)aptitude à analyser ces données.

 

Confusion entre SRAS et virus ?

 

La première confusion effectuée dans cette vidéo est la suivante : l’auteur se méprend sur la nature du SRAS en le considérant comme un virus et en affirmant que le SRAS et le Coronavirus ont été associés.

En réalité, « Les coronavirus forment une famille comptant un grand nombre de virus qui peuvent provoquer des maladies très diverses chez l’homme, allant du rhume banal au SRAS, et qui causent également un certain nombre de maladies chez l’animal », résume l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le SRAS, pour Syndrome Respiratoire Aigu Sévère est donc un ensemble de symptômes pouvant être dus à une infection par un coronavirus.

A ce jour, sept types de coronavirus sont identifiés comme pouvant infecter l’homme. Ils inquiètent depuis 2002, date de l’épidémie de SRAS-CoV.

Il n’est nullement question d’une association entre deux virus, effectuée volontairement en laboratoire.

Première page du brevet EP 1 694 829 B1 faisant figurer la date de dépôt du brevet

 

Un brevet de création d’un virus ?

 

Le brevet déposé en 2004 par l’Institut Pasteur, le CNRS et l’Université de Paris VII est le brevet de séquence du virus SRAS-CoV, cousin de l’actuel SRAS-CoV-2. En effet, afin de pouvoir étudier un virus, il est nécessaire de breveter sa séquence. Le terme « inventeurs » ici utilisé ne signifie pas que le virus a été inventé, mais qu’il a été découvert, isolé et étudié.

L’auteur de la vidéo crie au complot et affirme que l’on connaissait le SRAS-CoV-2 depuis 2003, puisqu’il a été créé à cette période. Or, nous venons d’ores et déjà de prouver qu’il s’agit de deux virus et deux épidémies différents. Si vous en doutez, le génome du SRAS-CoV a été séquencé en 2003 (3) tandis que celui du SRAS-CoV-2 a été séquencé en décembre 2019 (4) pour la première fois, et réactualisé encore ce mardi 17 mars 2020.

Premier paragraphe du brevet ET 1 694 829 B1

Le premier paragraphe de description du brevet précise bien l’objectif d’applications notamment en tant que réactifs de diagnostic et/ou comme vaccin. Le treizième paragraphe confirme que le virus SRAS-CoV a été isolé au cours de ces travaux.

Il n’est donc pas question de la création d’un virus.

Treizième paragraphe du brevet ET 1 694 829 B1

Les autres arguments déployés en faveur de cette théorie sont donc infondés puisqu’il ne s’agit pas du même virus que celui à l’origine de la pandémie actuelle,

mais nous nous proposons quand-même de les analyser.

 

Qu’en est-il de la mise au point du vaccin ?

 

Effectivement, des méthodes de détection sont au point afin de mettre en évidence une infection par le SRAS-CoV, et des recherches ont été effectuées pour mettre au point un vaccin. A ce jour, il n'existe toujours pas de vaccin officiel contre le SRAS-CoV. Cela s'explique en partie par le fait que les efforts de santé publique ont permis d'enrayer la propagation du virus, en 2003, ce qui ne laisse guère de place à un vaccin (5).

Le SRAS-CoV et le SRAS-CoV-2 étant très proches, on pourrait imaginer utiliser les essais de mise au point d’un vaccin effectués en 2003 afin d’enrayer la pandémie actuelle. Cependant, les chercheurs constatent que seulement 20% des épitopes de ces deux virus sont communs. Mais ils constituent en effet une bonne piste de recherche thérapeutique (6).

 

Le laboratoire P4 de Wuhan, lieu de départ de l’épidémie ?

 

La théorie du complot présentée dans cette vidéo est également appuyée par l’inauguration en 2017 d’un laboratoire de type P4 à Wuhan, par Yves Lévy, Président Directeur Général de l’INSERM et mari de l’ex ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Que sont les laboratoires P4 ? Il s’agit d’une classification des laboratoires de microbiologie où des agents pathogènes de classe 4, c’est-à-dire pour lesquels on ne dispose pas de traitement et vaccins, sont manipulés dans des conditions très sécuritaires (7), il est donc peu probable que le virus s’en soit échappé via une chauve-souris.

Le laboratoire P4 de Wuhan « ne tourne pas à plein régime, et effectue aujourd’hui des recherches concernant Ebola, la fièvre hémorragique du Congo et le Nipah. Le SRAS fait partie de ses projets d’étude à terme, mais ce n’est pas encore le cas » (8).

 

Mais quelle est donc l’origine du COVID-19 ?

 

Un article paru dans la revue Nature (9) ce mardi 17 mars 2020 propose deux origines possibles.

 

Rhinolophus affinis. Photo Tigga Kingston.

 

https://www.istockphoto.com/



La première propose un mécanisme par sélection naturelle dans un animal hôte puis transfert à l’Homme. L’origine de la transmission à l’Homme pourrait être le marché Huanan de Wuhan, étant donné que les premiers cas déclarés ont été liés à ce marché. Les chauves-souris constituent un réservoir du coronavirus. Cependant, des différences ont été établies entre les souches présentes chez les Chauves-souris (Rhinolophus affinis) et le COVID-19, notamment dans le domaine RBD (Receptor Binding Domain) qui permet l’infection des cellules de l’hôte. Le Pangolin (Manis javanica), illégalement importé en Chine, est également porteur de coronavirus.

Le coronavirus retrouvé chez les Chauves-souris possède 96% de similitudes avec le COVID-19, en revanche le RBD du coronavirus présent chez les Pangolins est plus proche du RBD du COVID-19.

On ne peut à ce jour pas relier directement la pandémie actuelle à l’un de ces deux animaux porteurs. En effet, nous possédons trop peu d’échantillons représentatifs de la diversité des coronavirus dans ces populations.

La seconde hypothèse propose un mécanisme par sélection naturelle chez l’être humain après transfert par un animal. Il est possible qu’un progéniteur du SRAS-CoV-2 ait infecté l’Homme en se transmettant par un animal et ait muté par la suite. Cette infection par un progéniteur a pu avoir lieu il y a bien longtemps et être resté silencieuse jusqu’à la mutation du virus, lui conférant ses caractéristiques actuelles.

L’article aborde également le fait que la sélection naturelle ait pu avoir lieu en laboratoire de classe 2 travaillant sur les coronavirus, comme il en existe à travers le monde. Des mutations au cours de cultures cellulaires auraient pu donner naissance au SRAS-CoV-2. Cependant, de telles mutations auraient été décrites, ce qui n’a pas été le cas. Cette dernière hypothèse est donc peu probable.

En conclusion, ce virus n’est pas une chimère créée il y a plus de quinze ans par l’institut Pasteur afin de créer aujourd’hui une pandémie à des fins commerciales. Il s’agit d’un virus émergent dont l’origine demeure encore inconnue, et dont la propagation fait des milliers de victimes à travers le monde. Cette pandémie est à prendre très au sérieux et des mesures strictes doivent être respectées afin de s’en protéger. Elle n’est en aucun cas une occasion d’émettre des théories complotistes qui renforcent la psychose générale et désinforment, mais devrait plutôt permettre d’informer le public et de communiquer des informations scientifiques avérées.

 



Sources :

(1) Vidéo : https://www.facebook.com/2019187618321125/videos/225661641820551/

(2) Brevet : https://patentimages.storage.googleapis.com/e0/4e/2e/09e238c87e2d20/EP1694829B1.pdf

(3) https://www.ncbi.nlm.nih.gov/nuccore/AY274119.3

(4) https://www.ncbi.nlm.nih.gov/nuccore/MN908947

(5) https://www.businessinsider.fr/le-developpement-dun-vaccin-contre-le-coronavirus-de-chine-pourrait-prendre-des-annees-dapres-notre-experience-avec-zika-et-ebola/

(6) https://www.mdpi.com/1999-4915/12/3/254

(7) https://www.youtube.com/watch?v=rLfQ06fHRJ0&t=120s

(8) https://www.20minutes.fr/monde/2707987-20200131-coronavirus-originaire-laboratoire-wuhan-lie-france-retour-rumeur-virale

(9) https://www.nature.com/articles/s41591-020-0820-9

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