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Santé , mensonges et toujours propagande vu par des scientifiques

Quatorze ans après « Santé, mensonges et propagande », où les éditions Thierry Souccar dénoncent les pratiques des multinationales de l'agroalimentaire relayées par les instances gouvernementales, Jérémy Anso présente une nouvelle enquête très fouillée sur l’état de la santé publique. Le constat est sans appel, en quatorze ans, pratiquement aucun changement n’a eu lieu : des instances gouvernementales sont gangrenées par des intérêts financiers qui présentent des études biaisées, dévoyées ou passées sous silence. Enquêter sur l’état de la santé publique, connaissant les enjeux actuels, est donc une nécessité. La première partie du livre fait le point sur le fiasco des conseils nutritionnels officiels, et expose principalement les raisons de l’échec du Programme National Nutrition Santé (PNNS). Ensuite, Jérémy Anso nous fait des révélations sur les stratagèmes utilisés par les industriels pour « nous rouler dans la farine » et termine en faisant un point sur l’industrie pharmaceutique.

 

Le fiasco des conseils nutritionnels

 

Le Programme National Nutrition Santé (PNSS) a été mis en place en 2001 pour améliorer la santé des français en les conseillant sur leur alimentation. Il émane d’un rapport publié en juin 1999 par les docteurs Anne Tallec et Serge Hercberg, c’est d’ailleurs ce dernier qui prendra la direction effective du PNNS. Afin d’enrayer les maladies chroniques telles que l’obésité et le diabète, le PNNS avait fixé à son lancement un certain nombre d’objectifs :

-         une réduction de 5% du cholestérol 

-         une réduction de la pression artérielle systolique

-         une réduction de 20% du surpoids et de l’obésité chez les adultes

-         L’augmentation de 25% de la proportion des personnes effectuant au moins 30 minutes de marche rapide par jour

 

Pour atteindre ces objectifs, huit repères avaient été formulés :

-         Fruits et légumes : au moins 5 par jour

-         Pains, céréales, pommes de terre et légumes secs : à chaque repas et selon l’appétit

-         Lait et produits laitiers : 3 par jour

-         Viandes et volailles, produits de la pêche et œufs : 1 à 2 fois par jour

-         Produits sucrés : limiter la consommation

-         Boisson : de l’eau à volonté

-         Sel : limiter la consommation

 

Ces nouveaux repères nutritionnels ont fait l’objet d’une véritable propagande auprès du grand public et des professionnels de santé. Des slogans « Mangez moins gras, moins salé, moins sucré » tournent en boucle à la télévision, des livrets et des affiches sont en libre accès sur leur site internet… les moyens mis à disposition sont énormes.

 

 

Ce manger « moins gras, moins salé et sucré » entraîne une modification de notre subconscient. Par exemple, nous voyons ceci dans la publicité toutes les minutes. Même si, nous ne comprenons pas ces slogans, le subconscient le note et l’ingère. Ceci engendrant des mécanismes d’habitude. On apprend donc que pour ne pas devenir en surpoids ou grossir, il faut manger moins gras, moins sucré. Ces tendances grandissent avec nous et ces mêmes informations seront aussi transmises aux professionnels de la santé (diététiciens, médecins, nutritionnistes…) par réflexe.

Les instantes publiques ne sont plus devenues des devoirs mais des mécanismes de notre subconscient.



Malheureusement, il sert souvent de base d’apprentissage, conscient (« apprentissage » tout au long de la vie, par le biais des informations transmises par les institutions de santé ou les médias) ou inconscient (ces slogans entendus partout et tout le temps, que tout le monde connaît, les idées préconçues). Dès l’enfance, nous sommes susceptibles d’être influencés ! Les établissements scolaires du primaire ou du secondaire doivent participer à l’éducation à la santé. Les futurs enseignants y sont formés par l’intermédiaire de leur cursus universitaire. Une fois sur le terrain, cela se traduit souvent par de petits projets (sur plusieurs semaines ou mois en général) sur la thématique choisie par l’équipe enseignante. La nutrition est une thématique phare régulièrement plébiscitée par les futurs enseignants. Les étudiants se basent sur leurs connaissances personnelles et sont invités à suivre les recommandations officielles. Sur le site du ministère de l’éducation nationale, les enseignants disposent de ressources leur permettant de travailler sur quelques thématiques récurrentes, dont celle de la nutrition bien entendu. C’est donc un système complet et longitudinal qui participe à la mise en échec des stratégies de lutte contre le surpoids, l’obésité et le diabète ; les élèves et leurs professeurs sont mal informés, ironie du sort alors que l’objectif principal de l’éducation à la santé est d’apprendre à savoir raisonner sur ses pratiques en santé.

 

 

D’ailleurs, nombreux sont les médecins nutritionnistes, généralistes, endocrinologues ou diététiciens qui remettent en cause le travail de leurs confrères. Pour le même objectif (accompagnement sur la perte de poids), les méthodologies des professionnels sont clairement hétérogènes. Parfois même, la posture d’un professionnel voulant accompagner un patient sur de bonnes pratiques nutritionnelles deviendra problématique, puisqu’elle contredira les directives conventionnelles. Cette articulation représente un réel danger pour la santé du patient, car s’il est libre de choisir un professionnel compétent, il peut aussi très bien se laisser tenter par des approches plus douteuses d’autant plus s’il a échoué en suivant les recommandations classiques.

 

Qu’en est-il des professionnels qui reçoivent des subventions ? Ont-ils des conflits d’intérêts ?

 

Même des instances gouvernementales chargées de contrôler l’action du PNNS notent l’influence et le pouvoir des lobbys de l’agro-alimentaire (industries céréalières, sucrières, laitières, etc.) et leur collusion avec les organismes en charge de ce programme. Difficile de faire barrage à l’influence de l’industrie quand des experts, des médecins et des chercheurs sont en situation de conflit d’intérêt travaillant à la fois pour l’industrie et pour le PNNS.

 

Toutefois, toutes ces stratégies et moyens financiers déployés se sont révélés être un énorme échec puisque le PNNS n’a pas endigué la montée de l’obésité ou du diabète chez les adultes, ni amélioré la santé des enfants et des adolescents. En effet, entre 2000 et 2015 l’épidémie d’obésité a augmenté de 70 % et le surpoids n’a pas baissé. Quant au diabète, depuis 2000 le taux de personnes diabétiques traitées a presque doublé (Figure x). On ne peut que constater également l’échec de ce programme sur la consommation de fruits et légumes, de fibres, du sel, de graisses saturées et de sucres ajoutés.

 

Figure x : Evolution de l’obésité et du diabète entre 2001(lancement du PNNS) et 2016

 

Aujourd’hui, nous en sommes au quatrième plan (2018-2022) de cette agence censé s’attaquer aux maladies chroniques de la population française que sont l’obésité, le diabète et l’ostéoporose. Si les recommandations ont enfin fini par légèrement évoluer… il faut dire que le PNNS était très en retard au vue des dernières avancées scientifiques… l’infographie présentée en figure x nous montre encore de grosses incohérences.

 

Figure x : recommandations du PNNS 4

 

Ce nouveau plan adopte un changement de présentation plutôt positif des recommandations avec l’abolition de la fameuse pyramide alimentaire pour faire place à « allez vers », « réduire » et « augmenter ». Toutefois, comme dans les trois derniers plans, il n’y a toujours aucune notion sur l’index glycémique (IG) des aliments, pire encore, sur leur site internet on y trouve encore la notion de glucides complexes ! 

 

« Pourquoi consommer des féculents ? Parce qu’ils nous apportent ce qu’on appelle des « glucides complexes » qui, contrairement aux aliments sucrés (sucre, boissons sucrées, confiseries, pâtisseries, desserts lactés, etc.), fournissent une énergie que le corps est capable d’utiliser progressivement. »

 

Le PNNS à quelques années de retard à ce sujet ! Aujourd’hui, il a été admis que le pain blanc augmentait pratiquement autant la glycémie que le sucre blanc, il est d’ailleurs utilisé dans certaines études comme référence pour déterminer l’IG des aliments. Le PNNS sur ce point à tout faux.

 

Nous sommes donc en retard sur beaucoup de sujets.

 

On notera également la distinction primordiale entre l’activité physique et la sédentarité ainsi que la promotion du fait maison. Le PNNS 4, va plus loin et émet pour objectif de réduire de 20% la consommation de produits transformés. Mais encore une fois, en creusant un peu plus loin, nous pouvons mettre en évidence des aberrations induisant le consommateur totalement en erreur. La plus importante concerne le nutriscore qui se focalise uniquement sur l’aspect nutritionnel de l’aliment sans intégrer le degré de transformation de l’aliment. Pour résumer, on veut améliorer la santé de la population française en préconisant de réduire la consommation d’aliments ultra-transformés, entre autres, via la mise à disposition d’indicateurs incomplets. Comment aider le consommateur si nous ne lui donnons pas les bons outils ? Un produit bio n’est pas forcément un produit bon pour la santé ! (Figure x). En refusant de se mettre au goût du jour, en n’imposant pas de changement aux industriels, il a laissé une niche importante où s’est engouffrée l’industrie agroalimentaire et c’est la santé des Français qui en pâtit. 

 

 

Figure x : Analyse holistique d’un produit bio par holicheck

 

 

On pense même que les acteurs du Nutriscore

 

Le nutriscore illustre parfaitement la vision réductionniste de notre système actuel. Bien que cette approche réductionniste nous ait permis de comprendre certains mécanismes, comme le rôle des vitamines, aujourd’hui elle semble avoir atteint ses limites et n’a montré aucune efficacité pour réduire le surpoids et l’obésité bien au contraire. Le réductionnisme nous a amené à diaboliser ou au contraire glorifier certains nutriments/aliments. Les aliments ont alors été associés à un nutriment et non à un ensemble de nutriments interagissant ensemble au sein d’une matrice. L’histoire des graisses et plus particulièrement des acides gras saturés en sont le parfait exemple.

 

Ancel Keys sur l’étude des 7 pays.

 

Tout commence à l’origine par les deux études d’Ancel Keys ayant marqué le monde de la nutrition (études des six et sept pays). Ces travaux ont mis en évidence un lien entre les graisses et les maladies cardio-vasculaires, et plus particulièrement ces fameux acides gras saturés. A partir de ce constat, dans les années 1950 à 2000, il est recommandé d’en limiter la consommation, et plus particulièrement le gras d’origine animal : beurre, œufs, viande, produits laitiers ainsi que l’huile de coco. « L’étude portait sur plus de 12 000 hommes aux Etats-Unis, en Finlande, aux Pays-Bas, en Italie, en Yougoslavie, en Grèce et au Japon. Ancel Keys montre ainsi que la Finlande affiche un fort taux de maladies cardiovasculaires, alors que les Finlandais sont de gros consommateurs de graisses saturées.

A l’inverse, les Grecs et les Japonais sont peu touchés par les infarctus, et consomment peu de matières grasses. Le nutritionniste établit donc un lien de corrélation entre la consommation de graisses, et le taux de maladies cardiovasculaires.

Le problème, c’est qu’Ancel Keys a volontairement choisi ces 7 pays, parce qu’ils corroboraient son hypothèse de départ, là où s’il avait choisit d’autres pays, disons Israël, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Suisse, la France (et son célèbre « paradoxe français ») ou la Suède, l’étude aurait plutôt suggéré l’inverse. »

En effet, la France, l’Allemagne ou encore la Suisse présentaient un faible taux de maladies cardiovasculaires, alors que leurs populations consommaient beaucoup de graisses saturées.


 

Cette chasse aux AGS a été du pain bénit pour l’industrie du sucre, se dédouanant ainsi de l’implication des glucides dans le risque de développer des maladies cardio-vasculaires. Ainsi, durant cette période, comme nous pouvons le constater sur la figure X, la consommation des graisses a chuté au profil de celles des glucides. Ces shifts de consommation ne sont pas les seules conséquences de cette stigmatisation. En effet, l’industrie alimentaire en réponse à cette nouvelle « peur des graisses » a proposé une alternative rassurante aux consommateurs : les produits allégés soit des produits contenant 30% de graisses en moins par rapport à un produit classique.

 

Mais par quoi sont remplacées les graisses ? Par des édulcorants, des additifs et pire encore du sucre ! Comme le dit Jérémy Anso dans son livre : « le remède est pire que le mal ». De nombreuses études ont montré chez des personnes en surpoids et ou obèses que la consommation de ce type de produits avaient des effets délétères sur le comportement alimentaire entraînant une surconsommation. Mais plus grave encore, ce type de produits pourrait chez des patients avec un métabolisme altéré favoriser la prise alimentaire de produits sucrés et/ou enclencher les mécanismes de stockage de l’énergie.

Exemple pour le sucralose, édulcorant, il augmente la résistance à l’insuline conduisant probablement à une prise de poids 

(https://academic.oup.com/ajcn/article-abstract/108/3/485/5095505?redirectedFrom=fulltext)

Enfin, étant donné que ces produits ne sont pas disponibles dans la nature, ils sont souvent ultra-transformés. Ironie du sort, la consommation d’aliments ultra-transformés est associée à l’obésité (Hall et al. 2019 ; Askari et al. 2020). Pensez-vous toujours qu’ils sont la solution pour lutter contre le surpoids et l’obésité ?

Ce n’est que dans les années 2000 que certaines études ont commencé à remettre en question le lien entre graisses, acides gras saturés et santé. D’ailleurs si on regarde les papiers publiés dans les années 1960, ils sont pratiquement tous en faveur des bienfaits de la réduction des graisses vis-à-vis de la mortalité cardio-vasculaire tandis que ceux parus dans les années 2000 (portant sur 49 000 personnes) ne trouvent plus autant de bénéficies. Fait encore plus marquant, l’huile de coco composée de plus de 80% d’acides gras saturés devenue la nouvelle huile en vogue ! La raison ? Ses effets bénéfiques sur la perte de poids (dont la masse grasse viscérale) et sur le HDL cholestérol (Cardoso et al 2015). Dans ce contexte, en 2017, l’agence nationale de la sécurité sanitaire et de l’alimentation (ANSES) a d’ailleurs revu les recommandations nutritionnelles des lipides à la hausse.

A l’heure actuelle, retournement de situation ! Les graissent vivent leur meilleure vie contrairement aux glucides, qui eux sont au cœur de la stigmatisation comme nous le montrent tous les régimes à la mode du type « low-carb » et cétogène. Si nous regardons à nouveau notre figure x, nous pouvons voir ce changement de mode. Et si la cause de l’obésité n’était ni les graisses, ni les glucides ? Mais la stigmatisation de nutriments et d’aliments provoquant une grande consommation de produits ultra-transformés, un marketing / lobbying abusif et indécent de l’industrie agro-alimentaire avec un laisser faire de nos politiques.

 

 

Figure x : évolution de la consommation des différents nutriments d’après Hall et al. 2018 (.Hall KD. Did the Food Environment Cause the Obesity Epidemic?. Obesity (Silver Spring). 2018;26(1):11-13. doi:10.1002/oby.22073


 

 

Les industriels parlons-en…

               

Pour influencer l’opinion publique, les industriels n’hésitent pas à recourir à différents stratagèmes tels que l’influence des études scientifiques en faveur de leurs produits, le tissage de liens avec les décideurs ou les organisations de santé publique, leur présence à tous les débats sur la santé et l’alimentation puis enfin, la fidélisation des consommateurs. Tout comme l’industrie laitière, l’industrie du sucre vise directement le consommateur comme vous pouvez le voir sur l’image x, « Ne loupez pas le bus ». Pourquoi participer à la hausse des pathologies et de l’obésité suite à la consommation de produits ULTRATRANSFORMÉS ? Le réductionnisme des industriels ? Le business ?

 

Figure x : photo promouvant la consommation de produits ultra-transformés auprès des enfants.

 

Le business.. parlons-en ! L’industrie du sucre possède elle aussi un outil de propagande majeur : le centre d’études et de documentation du sucre (Cedus). Le Cedus a pour objectif de défendre les intérêts du sucre et de favoriser sa consommation auprès des français à travers la création de sites internet dédiés au sucre (lesucre.com, sucre-info ou vraifaux.lesucre.com) et l’intégration de kits éducatifs dans les écoles. Mais ce qui est le plus grave, c’est que l’impact du sucre sur la santé, notamment l’excès de sa consommation et son lien avec des pathologies comme l’obésité et le diabète, est minimisé. En effet, le lobby du sucre estime que c’est le traitement médicamenteux qui doit s’adapter et non pas l’alimentation, alors que la base de la prise en charge du patient diabétique repose sur des mesures hygiéno-diététiques. Pire encore, la fédération française des diabétiques, largement citée dans les articles du Cedus, fournit des tableaux d’équivalence des glucides (x g de fruits = x g de feculents = x g d’une mousse au chocolat). Pensez-vous vraiment qu’une portion de fruit et une mousse au chocolat auront le même impact sur la glycémie ? et in fine sur la santé ? 

 

On ne peut pas aborder l’industrie du sucre sans évoquer celle du chocolat. Là encore, en creusant un peu on découvre des aberrations. Comment le chocolat est passé d’un produit sucré avec une consommation à limiter à un aliment « heathly » ? La réponse est très simple... Il suffit de prononcer les mots magiques « selon une étude [...] ». Ainsi le chocolat est devenu bon pour la mémoire et minimise le risque de développer des maladies cardio-vasculaires. La molécule miracle responsable de ces effets ? Les flavonoïdes. Il est vrai que le chocolat en contient (notons que le vin, le thé et les fruits rouges aussi !) mais la quantité est infinitésimale. Si on regarde de plus près ces fameuses études, on remarque que la dose moyenne utilisée de flavonoïdes pour démontrer les bénéfices sur la santé est de 650mg correspondant à … 310g de chocolat noir (1 tablette et demie) ou 1 kg de chocolat au lait (5 tablettes), des quantités astronomiques ! Les grandes marques ont également surfé sur la vague du fitness en produisant des barres et poudres hyper-protéinées, comme si ajouter des protéines rendraient leurs produits moins transformés.

 

 

Comment faire pour ne pas se laisser amadouer par les industriels ?

 

Dans un premier temps il faut passer outre l’emballage souvent très attractif et se demander si le produit peut se trouver dans la nature puis dans un second temps s’intéresser à la liste d’ingrédients. Si elle en contient plus de cinq avec notamment la présence de glucose, isolats de protéines de soja, amidon de riz, etc. ce produit est ultra-transformé. Mais la vigilance commence bien avant vos courses alimentaires car les supercheries sont en réalité omniprésentes en amont. Il est primordial de toujours vérifier la source de l’information que vous lisez. Une connaissance scientifique n’est pas toujours vraie, il convient de s’interroger sur la valeur des informations. Tous les dires sur internet ne sont pas fiables ! On distinguera les écrits scientifiques des croyances (Figure x). Toutefois, toutes les publications scientifiques ne sont pas équivalentes, les plus puissantes étant les RCT & méta-analyses.


Figure x : Les différents niveaux de preuves scientifiques


Mais là encore ce n’est pas si simple ! Le matériel et la méthode de certaines études laissent parfois à désirer ce qui peut apporter des conclusions totalement fausses. Pire encore, certains travaux sont financés par les industriels sans que les liens d’intérêts ne soient mentionnés ! Par exemple Mars qui possède plus de 140 publications scientifiques sur les bienfaits du chocolats ou John Bohannon qui a réussi à publier que manger du chocolat favorisait la perte de poids à partir d’une étude crée de toute pièce (nombre de participants trop faible et résultats non significatifs). De quoi noyer le poisson pour le consommateur lambda qui s’arrête bien trop souvent à la lecture du nutriscore. A l’heure actuelle, il est conseillé de développer son esprit critique en comparant les informations obtenues sur plusieurs sources ou en regardant les écrits des principaux auteurs et leurs affiliations. Cette esprit critique vous permettra d’éviter de vous faire rouler dans la farine par des produits attractifs dont les vertus sont vantées par des publications scientifiques (ou pas d’ailleurs) douteuses. 

 

Vous l’aurez compris, les apparences sont parfois trompeuses ! Il est primordial que le consommateur devienne acteur de sa santé au lieu de se laisser influencer par les industriels qui ont plus d’intérêts pour leurs revenus financiers que votre santé. Mais pour que le consommateur puisse devenir actif, il est nécessaire de lui mettre à disposition des outils adéquats et, surtout, une information fiable. Comme le disent très bien Thierry Souccar et Isabelle Robard dans la préface du livre de Jérémy Anso, la France doit se remettre en question et faire évoluer le droit pour que tout le secteur de l’alimentation et de la nutrition soit soumis à une déontologie au nom de la transparence due aux Français car la santé reste le bien le plus précieux de l’Homme que nul intérêt économique ne saurait asservir.

 

 

 

Et l’industrie pharmaceutique ?

 

L’industrie pharmaceutique n’est pas en reste. Elle qui vend à prix d’or des traitements anticancéreux dont l’efficacité laisse à désirer. L’agence européenne des médicaments (EMA) chargée d’étudier les nouveaux traitements existe grâce a l’argent des firmes pharmaceutiques à hauteur de 83 % de son budget de fonctionnement! 

Attestant du bien-fondé de nouveaux médicaments mis sur le marché grâce à des études fallacieuses et à des conflits d’intérêts, c’est le patient qui paye le prix fort. Cette logique financière du toujours plus cher va vite devenir insupportable pour les systèmes de santé des pays développés et ne l’est déjà plus pour certains pays plus pauvres qui n’ont pas accès à ces traitements exorbitants.

 

Pour le cancer de la prostate, on arrive à une aberration : le sur-diagnostic ( diagnostic correct mais sans intérêt pour le patient) induit un sur-traitement qui conduit à un geste radical et définitif : l’ablation de la prostate qui n’est pas indispensable dans la plupart des cas. Si ce dépistage massif est utile pour certains patients, généralement, il ne sert qu’à remplir les poches des urologues qui opèrent à tour de bras, alors que le dosage du PSA ne devait servir qu’à suivre l’évolution de la maladie chez des malades touchés par une infection de la prostate et non pas servir de test de dépistage d’un cancer. Le test peut donner des faux positifs. Et les complications thérapeutiques suite à une ablation de la prostate pour sur-diagnostic ne réduisent pas la morbidité (toutes causes confondues) des individus et nuisent gravement à leur qualité de vie : incontinence, impuissance et certains cancers dus à des traitements agressifs (colon, rectum, vessie).

Même le découvreur de cette antigène spécifique de la prostate (PSA) se désole de l’utilisation de cette découverte et la qualifie de « désastre de santé public motivé par le profit » !

En tout état de cause, le dépistage doit rester un choix personnel en pesant bien les avantages/les risques.

 

Pour la maladie d’Alzheimer, on sait maintenant que pendant une décennie des médicaments non efficaces et même nocifs ont été prescrits pour la bagatelle d’un milliard d’euros de dépenses pour l’assurance maladie. Ils ont enfin été déremboursés depuis août 2018.

En effet, les quatre médicaments disponibles sur le marché pour lutter contre cette maladie n’enregistraient pas de bénéfices réels sur la santé mentale des patients et a contrario engendraient des risques non dépourvus de dangerosité comme des troubles digestifs, cardio-vasculaires et même neuropsychiatriques. la plupart des professeurs, spécialistes de la maladie, garants de l’efficacité de ces médicaments avaient des liens d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique. Et depuis le déremboursement ces mêmes laboratoires ont annoncé l’avènement d’un nouveau médicament qui apporterait de réels bienfaits sur le ralentissement du déclin cognitif. Tout cela sans étude valable et indépendante pour le prouver! 

 

Autre scandale : la pose de stents pour l’angine de poitrine stable. Alors que le stent change la vie des patients atteints d’angine de poitrine instable du fait du risque d’infarctus, il n’en est pas de même pour l’angine de poitrine stable qui, le plus souvent, est traitée avec des médicaments, vous évitant une opération et se révèle plus efficace pour réduire le risque de crise cardiaque et éviter des effets secondaires. Alors que l’effet placebo est avéré, les cardiologues continuent de prescrire la pose de stents dont le coût très onéreux pour la sécurité sociale plombe ses comptes. Il suffirait de changer de mode de vie avec moins de sédentarité, une meilleure alimentation et moins de comportements à risques (tabagisme et alcoolisme ) pour noter des effets bénéfiques sur l’angine de poitrine stable qui est bien une maladie du mode de vie.

 

Pour toutes les industries, des experts sont régulièrement cités et sollicités pour appuyer des propos souvent mensongers ou des études falsifiées. Dans le domaine médical, on a des données fiables faisant état des avantages et rémunérations allouées aux professionnels de santé afin qu’ils prescrivent tel ou tel médicament. Ces données publiques ne découragent cependant pas les médecins de tisser des liens avec les laboratoires. Si pour les industries pharmaceutiques il y a quelques éléments de contrôle, il n’en va pas de même pour l’industrie agro-alimentaire. Les professionnels de santé qui reçoivent des émoluments continuent en toute impunité de valider des produits inefficaces ou dangereux pour la santé. Il serait avisé dans ce cas de ne pas se laisser aveugler par toutes ces expertises dont les stratégies agressives ne visent que l’enrichissement de certains.



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